Vous vous arrêtez cinq minutes, et la culpabilité s’invite aussitôt. Si vous avez tendance à culpabiliser de vous reposer, ce n’est ni de la fainéantise ni un manque de volonté.
Vous venez de vous arrêter. Peut-être seulement cinq minutes, une tasse de café entre les mains, ou un peu plus longtemps, un dimanche après-midi sans rien de prévu. Et presque aussitôt, une pensée s’installe. « Je devrais faire autre chose. » « Je perds mon temps. » « Là, tout de suite, je ne sers à rien. »
Ce n’est pas de la fainéantise, et ce n’est certainement pas un manque de valeurs. C’est une culpabilité qui s’invite dès que vous cessez de produire, que vous soyez entrepreneuse, salariée ou femme au foyer. Elle ne demande pas la permission, elle s’impose, et elle gâche souvent le repos autant qu’elle vous empêche, plus tard, de travailler l’esprit vraiment tranquille.
Dans cet article, je vous propose de comprendre d’où vient cette culpabilité et ce que la recherche en dit. Je vous partage aussi ce que j’observe dans mes accompagnements. Enfin, je vous montre comment commencer à vous autoriser à vous arrêter, sans que cela devienne un nouveau combat.
« Perdre du temps » : l’expression qui trahit tout
« Dès que je m’arrête, j’ai l’impression de ne servir à rien, c’est comme si je perdais mon temps. »
C’est une phrase que j’entends très souvent en accompagnement, sous des formes différentes mais avec le même fond. Et ce sentiment est loin d’être isolé ou anodin.
Une étude publiée en 2010 dans la revue Psychological Science l’a bien montré. Ses auteurs, Christopher Hsee, Adelle Yang et Liangyan Wang, ont observé que les personnes évitent spontanément l’oisiveté. Elles le font même sans raison valable de rester occupées. Il leur suffit d’un prétexte, même mince, pour préférer l’activité au repos. Plus surprenant encore : les participants occupés se disaient plus heureux que ceux qui ne faisaient rien, même lorsque cette occupation leur avait été imposée.
La « culpabilité de loisir », un phénomène mesuré
Plus récemment, Hyunjin Koo et son équipe ont mis en évidence ce que les chercheurs appellent la « culpabilité de loisir ». Leur recherche a d’abord été réalisée à l’université de Californie à Irvine. Elle a ensuite été publiée en 2026 dans la revue Personality and Social Psychology Bulletin. Environ 14 % des moments de repos ou de loisir s’accompagnent d’un sentiment de culpabilité, et ce phénomène touche plus fréquemment les femmes. Fait troublant : ce sont souvent les activités les plus agréables qui déclenchent le plus de culpabilité.
La culpabilité de loisir désigne le malaise qui accompagne un moment de repos, quand on a l’impression qu’on devrait être productive. C’est ce qui fait culpabiliser de se reposer. Pour les chercheurs, c’est un phénomène fréquent, qui ne dépend ni d’un manque de volonté ni d’un défaut de caractère.
Ces recherches ne disent pas que cette culpabilité est justifiée. Elles montrent simplement qu’elle est bien réelle, largement partagée, et qu’elle ne dépend pas d’un manque de volonté ou de discipline personnelle.
Pourquoi la pause de cinq minutes est parfois la plus difficile
Ce que je remarque chez mes clientes, c’est que ce n’est pas forcément les vacances qui posent le plus de difficulté. C’est la pause, au milieu d’une journée de travail, celle qui ne dure que quelques minutes. Beaucoup ne la prennent tout simplement pas.
Le week-end n’échappe pas non plus à ce mécanisme. Il est rare qu’une femme s’autorise à « ne rien faire » un samedi ou un dimanche. En effet, ne rien faire est vécu comme une perte de temps, plutôt que comme un besoin légitime. Derrière cela, il y a souvent une vraie déconnexion : à son propre corps, à ses propres besoins. On ne s’écoute plus, ou on s’écoute si peu qu’on ne perçoit même plus le signal qui indiquerait qu’il est temps de s’arrêter.
Le repos, c’est pour les fainéants : ce qu’on a appris avant même de le comprendre
Cette difficulté ne vient presque jamais de nulle part. Très souvent, elle prend racine dans des injonctions reçues pendant l’enfance. « Tu dois », « il faut que », « on n’accepte pas la fainéantise », « tu dois travailler dur pour réussir ». Ces phrases, répétées suffisamment souvent, finissent par devenir des croyances qu’on ne questionne même plus à l’âge adulte.
Il y a aussi les schémas observés chez les adultes qui nous ont entourées enfant. Ce sont parfois des parents qui ne se reposaient jamais, littéralement épuisés, annihilés par le travail. Un enfant qui grandit dans cet environnement apprend, sans qu’on ait besoin de le lui dire explicitement, que le repos n’est pas pour les gens sérieux.
Ce mécanisme rejoint ce que plusieurs chercheurs en psychologie ont documenté sur l’estime de soi construite sur la performance. Jennifer Crocker et son équipe ont mené une étude en 2003 auprès de plus de 1 400 étudiants. Ils ont montré que l’estime de soi peut devenir dépendante de plusieurs domaines, dont la réussite et l’approbation des autres. De leur côté, Avi Assor, Guy Roth et Edward Deci ont mené des travaux, notamment sur trois générations d’une même famille. Ils se sont intéressés à l’affection parentale perçue comme conditionnelle à la performance. À l’âge adulte, elle pouvait être associée à une forme de compulsion intérieure à continuer d’agir. Et cela, même quand le corps demanderait à s’arrêter. Ces recherches ne permettent pas d’affirmer que c’est systématiquement le cas pour chaque femme. Mais elles éclairent un mécanisme qui revient très régulièrement dans ce que j’observe en accompagnement.
Ce que le corps retient quand on ne s’écoute plus
Quand une femme essaie de se reposer et n’y arrive pas, le corps parle avant les mots. Je constate souvent une fatigue installée depuis longtemps, beaucoup de tensions, un corps qui ne relâche plus vraiment, même au repos.
Dans la lecture énergétique que j’utilise, ces tensions correspondent à des mémoires qui se logent dans le corps au fil du temps. Le chakra racine et le chakra du plexus solaire sont souvent fermés chez les femmes qui vivent cette difficulté, et l’énergie ne circule plus correctement. Sur le plan émotionnel, il suffit généralement de creuser un peu pour que remontent des émotions accumulées. C’est de la colère, parce qu’on n’a jamais appris à dire non. Ou de la tristesse, parce qu’on ne s’est, une fois de plus, pas écoutée.
Ludivine, ou l’histoire d’un repos devenu impossible
Une situation que j’ai accompagnée
Je pense à Ludivine, 35 ans (son prénom a été changé pour préserver sa confidentialité). Pour elle, se reposer représentait une véritable perte de temps. Dès qu’elle essayait de prendre une pause, son mental la bombardait d’injonctions, si bien qu’elle préférait, la plupart du temps, retourner s’occuper plutôt que d’affronter cet inconfort.
En explorant les racines de cette difficulté, elle a pris conscience qu’elle avait grandi entourée d’adultes qui ne s’arrêtaient jamais. Ils répétaient des phrases comme « le repos, c’est pour les fainéants ». Alors, dès qu’elle se reposait, son inconscient continuait de lui envoyer ce même message, des années plus tard. Nous avons travaillé sur les traumatismes liés à cette histoire et sur les schémas installés depuis l’enfance. Puis sur la femme adulte qu’elle est devenue aujourd’hui. L’objectif était qu’elle comprenne qu’elle n’était plus cette enfant obligée de faire ce qu’on lui disait. Elle était désormais une femme capable de choisir elle-même ce qui était bon pour elle.
Ma manière d’accompagner ce blocage
Mon accompagnement s’appelle le coaching transformationnel. Il débute généralement par une séance de soin énergétique, qui permet de faire à nouveau circuler l’énergie et de libérer le corps des tensions accumulées. Selon ce qui émerge ensuite, j’utilise différents outils. La méthode EDLA (Extraction, Dissociation, Libération, Ancrage) permet de travailler sur les croyances limitantes liées au repos et à la valeur personnelle. La méthode LEEL (Libération, Expérience, Émotionnelle, Limitantes) intervient lorsqu’un vécu traumatique est présent. J’utilise aussi la libération émotionnelle.
Commencer petit : s’autoriser avant de vouloir tout changer
Le premier signe de changement que j’observe chez une femme qui commence à se réconcilier avec le repos tient souvent à un seul mot : s’autoriser. Ce mot est puissant, parce qu’il s’agit vraiment de s’autoriser à s’écouter, pas de se forcer à changer du jour au lendemain.
Cela commence par de tout petits pas : prendre un café pendant cinq minutes, sans rien faire d’autre en même temps. Puis ces petits pas grandissent, s’accompagnent d’autres permissions données à soi-même. Et à un moment, une prise de conscience s’installe : le monde ne s’arrête pas parce qu’on prend soin de soi. C’est à partir de ce moment-là que la culpabilité commence, peu à peu, à s’en aller.
Quand se faire accompagner devient utile
Il y a des situations où il devient particulièrement utile d’aller explorer ce blocage avec de l’aide extérieure. Quand on se sent épuisée sans savoir pourquoi. Lorsque dire oui à tout est devenu un poids, plutôt qu’un service rendu aux autres. Ou, tout simplement, quand on sent qu’on est sur le point d’être à bout.
Dans ces moments-là, se faire accompagner n’est pas un aveu de faiblesse. C’est souvent la façon la plus directe de comprendre ce qui, depuis longtemps, empêche de s’accorder le repos dont on a besoin.
Culpabiliser de se reposer : ce que vous pourriez vous demander
Est-ce normal de culpabiliser quand on se repose ?
Oui, c’est un phénomène très répandu, documenté par la recherche en psychologie, et qui touche particulièrement les femmes. Ce n’est ni un défaut de caractère ni un manque de discipline.
Pourquoi j’arrive à me reposer en vacances, mais pas pendant une simple pause dans ma journée ?
Les vacances sont souvent perçues comme un temps « autorisé » par avance. À l’inverse, une pause spontanée dans la journée demande de s’accorder cette permission soi-même, dans l’instant. Et c’est souvent beaucoup plus difficile.
Cette culpabilité peut-elle venir de mon enfance ?
C’est une piste fréquente. Des injonctions reçues tôt, ou des schémas observés chez des adultes qui ne se reposaient jamais, laissent des traces. Ils peuvent continuer à influencer la façon dont on vit le repos, des années plus tard.
Faut-il forcément un accompagnement pour arrêter de culpabiliser en se reposant ?
Pas systématiquement. Certaines femmes avancent seules en commençant par de petits pas concrets. Un accompagnement devient pertinent quand le blocage persiste malgré ces efforts, ou quand l’épuisement s’installe durablement.
Le repos peut-il vraiment avoir un impact sur l’énergie ou les émotions ?
Dans mon approche, oui : le corps garde la mémoire des tensions accumulées, et le repos permet à l’énergie de recirculer. Cette lecture fait partie de ma pratique personnelle et ne remplace pas un avis médical.
Et si vous en parliez ?
Ce blocage n’est pas une question de volonté. Il peut être ancien, discret, et pourtant continuer à peser chaque jour un peu plus lourd. Si vous vous reconnaissez dans cet article, je vous propose d’en parler lors d’un appel découverte gratuit de 30 minutes.
Escale Lumineuse · Villeneuve-d’Ascq et à distance
Et si vous préférez commencer seule, à votre rythme, mes 5 méditations offertes peuvent constituer une première étape. Elles créent une ouverture à l’abondance, y compris celle de vous accorder du repos sans culpabilité.
Les sources de cet article
Les études citées décrivent des mécanismes psychologiques mesurés. Elles ne portent pas sur les soins énergétiques et ne les valident pas. Ce que Sabrina apporte de sa pratique est présenté comme son approche personnelle.
- Hsee C. K., Yang A. X., Wang L., « Idleness aversion and the need for justifiable busyness », Psychological Science, 21(7), 2010, p. 926-930. Référence de l’étude
- Koo H. et al., « Leisure Guilt », Personality and Social Psychology Bulletin, 2026 (travaux menés à l’université de Californie à Irvine).
- Crocker J., Luhtanen R. K., Cooper M. L., Bouvrette A., « Contingencies of self-worth in college students: theory and measurement », Journal of Personality and Social Psychology, 85(5), 2003, p. 894-908. Référence de l’étude
- Assor A., Roth G., Deci E. L., « The emotional costs of parents’ conditional regard: a self-determination theory analysis », Journal of Personality, 72(1), 2004, p. 47-88. Référence de l’étude
Pour aller plus loin, en français
Deux repères sur le temps libre des femmes en France. Ils ne mesurent pas la culpabilité elle-même, mais ils éclairent le contexte dans lequel elle s’installe.
- Insee, Layla Ricroch et Benoît Roumier, « Depuis 11 ans, moins de tâches ménagères, plus d’Internet », Insee Première n° 1377, novembre 2011. Enquête Emploi du temps 2009-2010. Lire l’étude de l’Insee
- Observatoire des inégalités, « L’inégale répartition des tâches domestiques entre les femmes et les hommes », 2016. D’après l’Insee, les femmes consacrent en moyenne 2 h 45 par jour à leurs loisirs, contre 3 h 20 pour les hommes. Lire l’analyse
